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Interview ⎮David Sibillotte
Directeur de le coopérative de Passy Grigny

La coopérative de Passy-Grigny, qui a 90 ans d’existence, est l’un des lauréats du Prix Pierre Cheval 2019. Se trouvent ainsi récompensés dix ans d’efforts d’embellissement liés au développement de l’œnotourisme et de sa propre marque de Champagne.

  

Quand votre coopérative a-t-elle pris le virage de l’oenotourisme ?

L’idée a commencé à germer dans les années 90 au moment de la première crise économique qu’a subie la Champagne. Ça ne s’est pas fait tout de suite parce que c’était un peu novateur et il fallait que l’idée mûrisse dans l’esprit des vignerons. Après l’effet an 2000, quand on a vu à nouveau les ventes s’éroder légèrement, le projet est ressorti parce qu’il correspondait réellement à un besoin. Le conseil d’administration a décidé en 2017 de lancer le projet en ouvrant dans des anciens locaux que nous avons réhabilités un écomusée puis un parcours de visite donnant à voir toute la production. Près d’1 M€ a été investi dans cet outil qui permet aux coopérateurs de fidéliser leurs clients en leur montrant le pressoir, la cuverie, les bouteilles… En parallèle, nous avons il y a 10 ans créé notre propre marque de Champagne - Dom Caudron, en référence au curé du village qui avait aidé les vignerons en 1929 - pour donner un nouveau débouché à nos raisins et acquérir un peu plus d’autonomie.

 

Quelles prestations proposez-vous ?

Une visite simple avec dégustation, une visite plus complexe avec dégustation basée sur des accords mets-vins autour de nos champagnes : chocolat, fromage ou repas complet. Aux amateurs confirmés, nous proposons de participer à différentes étapes d’élaboration : l’assemblage, la mise en bouteilles… Nous avons conservé un ancien pressoir en plein milieu du caveau de vente et pendant la vendange nous faisons un marc par jour avec deux anciens pressureurs qui expliquent aux visiteurs les particularités du système champenois. Ils ne participent pas physiquement mais ils assistent au chargement, aux retrousses et peuvent goûter au jus directement. Nous proposons aussi des balades dans les vignes en solex et des pique-niques gourmands dans un petit jardin que nous avons réaménagé près de nos locaux, le long de la Semoigne.

 

Que représente cette activité aujourd’hui ?

Nous avons entre 5000 et 6000 visiteurs par an, dont 80 % d’étrangers. Trois personnes expérimentées s’en occupent 7j/7 en saison. Et nous prenons régulièrement des stagiaires et des jeunes en contrat de professionnalisation pour les former à nos prestations. Economiquement, c’est un peu tôt pour juger. Nous n’avons que 10 ans de recul. Mais les chiffres sont en train de s’équilibrer. À mon avis, parler de la marque autour d’une activité œnotouristique est aujourd’hui indispensable.

 

D’autres partagent cet avis ?

Notre projet a été lancé juste avant la crise de 2008-2009 et je pense que c’était le bon moment parce qu’il fallait rebondir. Au départ, nous étions sans doute les seuls parmi les coopératives ou même au sein du village à proposer ce genre d’activité. Mais petit à petit, notamment dans la vallée de la Marne, on observe un véritable dynamisme, avec de plus en plus de caves ouvertes, des bâtiments d’accueil de plus en plus beaux. Même dans le village. Ça a permis de donner un élan. Plus il y aura ce genre d’initiatives mieux ça vaudra pour la Champagne. Le but est de pouvoir offrir aux clients de passage en Champagne un maximum de choses à voir de façon à ce qu’ils restent plus longtemps.

 

Comment l’embellissement est-il devenu un sujet ?

Au départ la coopérative était un véritable outil de travail, le côté embellissement n’était pas la priorité. Nous avions plutôt besoin d’investir dans des pressoirs, des cuves, des bâtiments. Aujourd’hui, nous avons un budget embellissement plus conséquent. On a déjà embelli l’intérieur de nos locaux pour accueillir les clients, on a refait des façades et on fait de plus en plus de fleurissement. Puisqu’il y a un accueil sur place, c’est beaucoup plus agréable pour le public de voir des jardins et des fleurs autour de nos installations.

 

Quelle réaction a suscité chez vous la remise du prix Pierre Cheval ?

C’est plus que symbolique pour nous. C’est une reconnaissance des efforts qui ont été faits par la coopérative d’un point de vue financier et humain. Et ça fait plaisir. Ça donne l’envie de continuer à faire vivre le projet, de renouveler sans cesse nos prestations œnotouristiques et d’aller encore plus loin : faire en sorte qu’il y ait des événements dans le village ou des aménagements dans les vignes, avec pourquoi pas une loge comme à Verneuil.