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Interview Arnaud Lamoureux

Conseiller municipal des Riceys, membre de la section locale du SGV

 

La halte touristique des Riceys située sur la D17 en direction de Mussy-sur-Seine, dite « Paysages de Champagne », se transforme grâce à la mobilisation des vignerons. Ce n’est qu’un début.

 

 

Pourquoi vous être lancés dans la rénovation de ce point de vue ?

Le site avait été aménagé en 1998. Nous sommes partis du constat qu’il était aujourd’hui défraîchi, que la signalétique en particulier ne correspondait pas aux enjeux actuels de l’œnotourisme et qu’il n’y avait aucune référence au patrimoine mondial. Il fallait à tout prix faire quelque chose, et ce d’autant plus vite que la forêt qui borde ce point de vue était malade et que l’ONF allait lancer un programme de coupe.

 

Qui porte ce projet ?

L’office de tourisme et la commune des Riceys sont arrivés à la même conclusion. Ayant déjà une certaine expérience en la matière, la section locale du SGV a développé l’idée et assuré la coordination des opérations. Nous, vignerons, avons parfois du mal à communiquer en direction du grand public sans être trop technique. Nous estimions par conséquent ne pas être les mieux placés pour tout faire de A à Z. C’est là que nous nous sommes tournés vers la Mission Coteaux, Maisons et Caves de Champagne, qui s’était déjà intéressée à nous en tant que site pilote du programme AGIR et avec laquelle nous avions organisé la 2e Marche des Réconciliations en 2017. Pour finir le tour de table, nous nous sommes appuyés sur le CIVC, l’ONF, l’ESAT Champagne et la commune des Riceys.

 

Qu’attendiez-vous de la Mission ?

Qu’elle nous explique comment utiliser la signalétique « Patrimoine mondial ». Qu’elle nous aide, avec ses moyens techniques et humains, à rédiger les textes et à rechercher les images qui vont composer les panneaux. Qu’elle nous aide aussi à promouvoir notre projet parce que, si c’est bien de faire des choses aux Riceys, c’est important de le faire savoir à l’extérieur. Je tiens d’ailleurs à remercier l’équipe de la Mission pour sa disponibilité et ses compétences. A chaque fois que nous lui avons fait des demandes particulières, nous avons eu des réponses claires. Nous avons l’impression qu’elle a saisi l’essence même de ce que nous sommes, qu’elle a compris l’esprit du finage des Riceys.

 

En quoi est-ce important de vous inscrire dans la charte de signalétique qui se met en place ?

Notre village veut être clairement identifié « Champagne », montrer qu’il fait pleinement partie de l’appellation. Pour y parvenir, nous avons besoin de repères de qualité, d’une certaine unité dans les supports, que l’on soit aux Riceys, à Château-Thierry ou à Oger, tout en mettant en évidence les spécificités qui nous démarquent.

 

Dans quel esprit avez-vous conçu cette rénovation ?

En jouant sur le côté naturel et convivial du lieu, avec des panneaux ludiques, digestes, esthétiques, présentés en français et en anglais, qui fassent comprendre aux visiteurs que le village des Riceys est unique, que la Côte des Bar est unique, que la Champagne est unique. Comme les informations qui y figurent sont très synthétisées, il y a aura des QR Codes qui renverront vers des informations plus développées en plusieurs langues.

 

Comment avez-vous financé le projet ?

Nous avions l’intention de faire appel au mécénat et nous avions pensé que la Mission pourrait encadrer cette démarche mais ce n’était pas de son ressort. Alors la section a décidé d’organiser elle-même un appel aux dons. La campagne a été lancée le 26 janvier 2019 à l’occasion du discours de la Saint-Vincent et a été close le 28 février.

 

Pourquoi un appel aux dons ?

Autant pour réunir des fonds que parce c’est un moyen de sensibiliser la population au-delà des vignerons et d’amener les gens à s’engager personnellement. Et ça a fonctionné. Le premier don que nous avons reçu venait d’un retraité, le deuxième du curé. Ce sont 50 donateurs - de la commune mais pas seulement - qui ont soutenu notre projet à hauteur de 9 000 €.

 

Quand aura lieu l’inauguration ?

Mieux que ça : nous allons synchroniser les prochains événements des Riceys avec les événements des Coteaux, Maisons et Caves de Champagne pour mettre en avant la halte touristique. Le vendredi 28 juin à 19h nous y organisons une lecture de paysages avec un technicien du CIVC, des vignerons, des habitants. Ce sera un temps de rencontre et d’échanges où chacun pourra donner sa vision de nos paysages. A l’automne, nous effectuerons la végétalisation du site dans le cadre de l’opération Villages et Coteaux propres 2019. Ce n’est qu’un début. En réalité, l’important ce n’est pas le site. C’est ce qu’on voit depuis le site. Il faut que les propriétaires comprennent qu’il faut s’y mettre tous ensemble pour faire quelque chose de bien. Notre intention est de faire vivre le lieu, d’y créer des animations, de faire venir les gens pour qu’ils profitent du cadre et pour les sensibiliser au paysage, au patrimoine. Le paysage, le patrimoine, c’est comme la dégustation du Champagne : plus on le connaît, plus on comprend ses subtilités et son intérêt, plus on l’apprécie.

 

Comment les vignerons de l’Aube s’impliquent-t-ils dans ces questions de paysage, de patrimoine ?

Je constate que nous sommes de plus en plus nombreux à avoir une réflexion sur ces sujets et à s’engager. On retape les cabanes de vignes, on plante des haies, on met des tables de pique-nique au bout des parcelles, etc. On voit que ça bouge. Et cet engouement n’est pas prêt de retomber parce qu’on a compris qu’il faut être à la hauteur du produit, qu’il faut que la Champagne monte d’un cran. Cela étant, les paysages de Champagne n’appartiennent pas seulement aux vignerons. Ils profitent à tous les Champenois qui ont aussi la responsabilité de leur entretien et de leur préservation. L’objectif d’un projet comme celui-ci est de servir de point d’ancrage pour fédérer de nouvelles initiatives, donner plus d’ampleur à la dynamique collective qui est en route.

 

Vous trouvez le temps de faire tout ça en plus de votre métier ?

Je ne le fais pas « en plus » de mon métier. Je considère que cela fait partie pleinement de mon métier d’essayer de m’améliorer et d’améliorer les choses autour de moi. Certes cela prend du temps mais nous ne sommes pas seuls sur nos exploitations ni au sein de l’appellation. Il y a le métier de vigneron et il y a l’état d’esprit dans lequel on le fait, nos convictions, nos idéaux. Je n’ai pas connu Pierre Cheval mais ce qu’il a dit un jour – «  l’inscription au patrimoine mondial sera ce que vous en ferez » - a été le déclencheur de mon engagement. Nos arrière-grands-parents se sont battus en leur temps pour réintégrer l’appellation Champagne. Notre travail à nous aujourd’hui, c’est de revendiquer cette appartenance, d’entretenir, d’améliorer, d’embellir.